Tout a été dit ou écrit sur l’IA. Comment s’y retrouver, entre l’utopie efficiente promise par les uns et la dystopie technologique redoutée par les autres ? Devons-nous l’intégrer à nos entreprises et si oui, comment et pour quoi faire ? L’IA va-t-elle nous « remplacer » et, quand bien même cela serait possible, serait-ce souhaitable ?
Qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite, l’ère de l’IA ne fait que commencer. Nous parlons bien, comme Internet ou l’e-mail en leur temps, d’une technologie transformante. De l’émergence d’un outil d’une puissance phénoménale, qui n’en est encore qu’à ses balbutiements. Mais nous parlons, in fine, d’un simple outil – ni plus, ni moins.
Et comme chaque nouvel outil, cette technologie sera ce que nous en ferons. Posons-nous donc les bonnes questions : qu’est-ce que l’IA – et que n’est-elle pas, ou pas encore ? Comment l’IA peut-elle, pour nous chefs d’entreprise, rendre notre organisation plus efficiente ? Que remplace-t-elle vraiment, et que ne remplacera-t-elle jamais – ou à quel prix, et sommes-nous prêts à payer ce prix ?
Je crois qu’une part significative des malentendus sur l’IA peuvent être contournés par un effort de définition. De traduction, plus précisément : non, l’IA n’est pas « intelligente », le terme anglais « intelligence » renvoyant davantage aux notions de « donnée » ou de « renseignement » qu’aux concepts de réflexion ou d’analyse. Ne conférons pas à l’IA des capacités qu’elle n’a pas aujourd’hui et n’aura peut-être jamais. Partons du réel, pas de nos attentes ou craintes aussi infondées les unes que les autres.
Aujourd’hui donc, les outils IA à notre disposition sont des outils de traitement de données. A nous, chefs d’entreprise, de choisir d’intégrer – ou pas – ces outils à notre environnement, en fonction, et en fonction seulement, de nos enjeux.
Comment l’IA peut-elle accélérer certains de nos process sans nuire, précisément, à l’intelligence de nos métiers ? Comment ces outils peuvent-ils nous permettre d’extraire telle ou telle donnée dans un grand volume de data ? Chez Carmine Capital, nous nous posons ces questions depuis de nombreux mois. Et notre réponse est simple : pour nous, l’IA – l’IA concrète, l’IA d’aujourd’hui, pas celle de demain – est d’abord et avant tout un outil de performance – de performance commerciale, technique, opérationnelle, etc. Et jamais un moyen de remplacer l’humain.
Ainsi, dans notre métier du M&A, recourir à des outils permettant d’automatiser l’analyse et la présentation de l’analyse serait, à mon sens, une aberration ; les organisations qui mettraient en avant de telles « prouesses » reconnaîtraient, en creux, que leurs analystes humains ne produisent pas un travail intelligent. Non seulement cela reviendrait à faire disparaître la raison même du métier d’analyste, mais ce serait oublier que l’IA d’aujourd’hui ne produit pas d’analyse intelligente des chiffres – seulement l’illusion d’une telle intelligence.
Que fait alors l’IA ? Elle produit des ratios. Or en lui-même, un ratio ne signifie rien. Mille ratios ne disent rien des données étudiées, du moins sans qu’intervienne une intelligence humaine capable de les replacer dans un contexte donné – celui de l’entreprise analysée, de son marché, de son business model, de son histoire, de son dirigeant ou de ses collaborateurs – et d’adapter son analyse à ce même contexte. C’est cette puissance, bel et bien humaine et non artificielle, qui chez Carmine Capital nous permet de valoriser au mieux l’entreprise de notre client.
On l’aura compris : à l’image de tout nouvel outil, la question n’est pas tant de savoir si l’IA est « bonne » ou « mauvaise » que de déterminer pourquoi, quand et comment l’utiliser. L’IA n’est pas la question, pas davantage que l’enclume ne l’est pour le forgeron. Au lieu d’interroger l’IA, interrogeons donc plutôt l’humain. Interrogeons le forgeron. Interrogeons-nous nous-mêmes.
Et en tant que dirigeants, sachons faire preuve, avec l’IA comme sur les autres pans de notre vie de chef d’entreprise, de deux qualités essentielles.
Le bon sens, premièrement : le bon sens de reconnaître que l’IA traite la donnée avec une rapidité que n’égalera jamais le cerveau humain ; mais le bon sens, aussi, de n’appréhender cet outil non pour ce que l’on voudrait qu’il soit, mais pour ce qu’il est, aujourd’hui, avec ses capacités réelles et ses limites.
La responsabilité, deuxièmement : la responsabilité de ne recourir à un outil que lorsqu’il peut réellement faire mieux ou plus vite que l’être humain, pas pour remplacer ce dernier, mais pour lui permettre de se consacrer à son cœur de métier ; la responsabilité, enfin et surtout, de n’user d’un outil au coût énergétique exponentiel (une requête chatGPT représente une consommation énergétique dix fois supérieure à une requête Google) que lorsque cet usage est nécessaire ou qu’il apporte une réelle plus-value.
Responsabilité et bon sens : deux qualités rares, deux qualités de chefs d’entreprises, deux qualités… bien humaines.