Se préparer – physiquement, mentalement, matériellement. Planifier un chemin. Soupeser les dangers, évaluer les forces et faiblesses de chacun. S’encorder. Grimper. S’écouter, se reposer, prendre soin des autres. Grimper toujours. Apercevoir le sommet – et penser, déjà, à la redescente. Grimper plus haut. Encore plus haut. Toucher au but. Embrasser l’horizon. Ensemble.
Il y a quelques jours de cela, toute l’équipe de Carmine Capital s’est élancée dans l’ascension du Grand Paradis, son premier sommet avant le Mont Blanc dans deux ans.
Gravir un sommet ne s’improvise pas. Un challenge aussi exigeant requiert de longues semaines de préparation, un engagement sur la durée, individuel comme collectif. De la rigueur, de la technique, de l’attention aux détails. De l’humilité. De la confiance – en soi, dans les autres. Du dépassement.
Et surtout, une vision. Celle, dans la montagne, du chef de cordée. Comme celle, dans l’entreprise, de son dirigeant. Comme celle aussi – idéalement ! – de nos responsables politiques.
Je crois en la symétrie des intentions. En une forme de cohérence entre ce que l’on préconise aux autres et ce que l’on s’applique à soi-même. Gravir une montagne et diriger une entreprise procèdent à ce titre d’un même engagement, nécessairement inscrit dans le temps long.
En cela, diriger une entreprise ne diffère pas fondamentalement de la conduite d’une famille ou de celle d’un pays. Il s’agit, toujours, de dégager des perspectives communes, de montrer la voie, d’incarner une vision et de la porter avec d’autres. D’avoir des convictions, en somme, et de s’engager au service de ces convictions.
En fondant Carmine Capital en 2013, ma vision était claire : dépasser la seule approche financière du M&A ; et ré-insuffler dans ce métier une perspective entrepreneuriale, en nous attachant à préserver l’ADN des entreprises – une approche sociétale, en réalité, car de quoi s’agit-il, sinon de protéger des « sociétés » en tant que sommes d’êtres humains ?
Mon ambition était de proposer une offre permettant d’accompagner les dirigeants tout au long de la vie de leur entreprise. Avant, pendant et après leurs opérations, quels que soient leur durée et leur niveau de complexité. Qu’il s’agisse de levées de fonds pour financer leur développement ; d’opérations exigeantes, longues et incertaines, de croissance externe, qui posent un vrai risque entrepreneurial ; de transmission et de cession. Ces réalités sont aussi les nôtres chez Carmine Capital et c’est la raison pour laquelle, je le crois, de nombreux chefs d’entreprises nous renouvellent leur confiance depuis des années afin de structurer leur patrimoine professionnel en fonction de l’évolution de leur société.
A l’heure où, faute de vision, la politique consiste bien souvent à expédier les affaires courantes et aligner les promesses creuses, je suis particulièrement attachée à ce que mon entreprise reflète les valeurs que nous prônons à nos clients pour leur propre entreprise. Ainsi, accompagner nos clients dans la durée n’est possible que parce que nous nous plaçons, nous aussi, dans une perspective de long terme. Depuis douze ans chemine en effet à nos côtés une équipe de collaborateurs fidèles, que nous avons tenu à faire entrer au capital de Carmine – un investissement financier qui témoigne de l’engagement durable de salariés adhérant à notre vision. Car des collaborateurs qui se mettent en risque en investissant dans leur entreprise et en gravissant, ensemble, les plus hauts sommets d’Europe, ce sont des collaborateurs qui se mettront en risque pour leurs clients. Pour protéger, à leur tour, le collectif des entreprises qu’ils accompagnent sur la durée.
La proximité et l’engagement de long terme ne sont pas de simples slogans. C’est parce qu’ils sont étroitement associés à la vie de leur propre société que nos collaborateurs développent cette même proximité avec leurs clients, avec leurs entreprises et leurs salariés. C’est aussi parce que mon associé Germain Simoneau et moi-même nous attachons à leur transmettre ce que sont réellement les préoccupations et le quotidien des entrepreneurs.
Car appréhender une entreprise dans sa technicité est nécessaire, mais insuffisant ; au-delà des chiffres, il faut embrasser la réalité humaine derrière cette entreprise, ses enjeux de développement, la vie de ses dirigeants – une approche qui n’est déployable que sur le temps long. Qui exige d’associer aux capacités techniques et financières une capacité d’écoute et d’humilité, pour comprendre et accompagner la mise en œuvre de la stratégie du dirigeant tout en protégeant son patrimoine professionnel.
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S’appliquer à soi-même ce que l’on préconise aux autres : c’est aussi l’objectif de cette newsletter. Je suis convaincue qu’à l’heure où nos dirigeants politiques déçoivent de si larges pans de la population et échouent à dessiner des perspectives communes, les chefs d’entreprise portent une voix singulière. Alors que repose de plus en plus sur les entrepreneurs la responsabilité d’assumer les conséquences de choix politiques – qu’il s’agisse d’éducation, d’intégration ou de déficit public –, il nous appartient de faire résonner cette voix bien plus fortement dans le débat public.
C’est donc volontiers que je reprends à mon compte le constat de Nicolas Dufourq, le directeur général de Bpifrance, selon qui « la (…) voix de l’entreprise est aujourd’hui insuffisante ». Et son invitation : « dirigeantes et dirigeants, exprimez-vous, montez sur vos tonneaux ! (…) Il faut simplement bien choisir ses messages mais, après tout, ça s’appelle la politique ». Entrons donc dans l’arène. Prenons notre pleine part à la discussion. Convainquons. Montrons la voie. Et gravissons, ensemble, de nouveaux sommets.