De toutes les qualités qui distinguent un dirigeant ou une dirigeante d’entreprise, j’en retiens quatre.
À commencer par la vision – car entreprendre, c’est voir plus loin, voir ensemble. Puis le courage – celui de prendre des risques et celui, surtout, de porter et assumer sa vision contre vents et marées. L’engagement, ensuite, c’est-à-dire cette capacité de demeurer fidèle, sur le long terme, aux valeurs que l’on défend. Et enfin, l’agilité. Cette qualité est, selon moi, la clé de voûte qui maintient les trois premières : sans capacité de s’adapter à son environnement, nécessairement mouvant, on s’entête, on s’obstine, on court à l’accident industriel. On sombre dans l’idéologie.
Toute ressemblance avec notre vie politique nationale serait évidemment fortuite. Tous bords politiques confondus, depuis quand la France n’a-t-elle pas eu à sa tête des dirigeants armés d’une véritable vision collective ? Qui porteraient leur projet avec courage – c’est-à-dire en assumant les risques, électoraux, de leurs idées ? Et surtout, qui témoigneraient de leur capacité à adapter leurs politiques aux bouleversements qui traversent et transforment, inévitablement, toute société ?
Nos sociétés développées se sont métamorphosées aux cours des dernières décennies, qui pourrait le nier ? Notre monde évolue à toute vitesse. Les mœurs changent. L’innovation technologique transforme en profondeur nos vies professionnelles et personnelles. Même l’ordre international bâti sur les cendres de la Seconde Guerre mondiale, et que l’on aurait cru immuable, vacille à son tour.
Notre pays n’échappe pas à ces mouvements tectoniques. Autrefois lisible, le paysage politique est aujourd’hui fragmenté. A l’image d’une société française de plus en plus polarisée, divisée entre individus et groupes sociaux défendant chacun leur intérêt. Nous ne faisons plus société, plus nation. Nos dirigeants continuent de plaquer une vision désuète de la France sur une société archipélisée. Ils s’obstinent, par électoralisme, à vouloir faire entrer des carrés dans des ronds. Et si, au lieu de céder à l’idéologie, nos responsables politiques adaptaient, eux aussi, leur logiciel ? S’ils trouvaient, enfin, le courage d’aller à la racine des maux français pour redéfinir leur modèle d’action et proposer un plan de développement offrant une nouvelle ambition pour les Français ? Il n’est souvent besoin que d’un peu de courage pour voir le monde tel qu’il est et s’y projeter, ensemble, en confiance.
De leur côté, l’idéologie est un luxe que ne peuvent s’offrir les chefs d’entreprise. Être cohérent avec le contexte dans lequel leur société évolue impose d’être alerte, d’être agile, de savoir s’adapter – sans jamais renier ses valeurs ni sa vision de départ. Ferme sur ses appuis, souple dans ses mouvements : être un chef d’entreprise est un challenge quotidien, un sport d’équilibrisme !
Et un sport d’endurance. Porter une vision, croire en elle, n’a en effet de sens que si l’on s’engage, concrètement et sur le temps long, au service de cette même vision.
Chez Carmine Capital, nous accompagnons nos clients dans la durée parce que nous nous inscrivons, nous-mêmes, dans une perspective de long terme. Depuis douze ans chemine ainsi à nos côtés une équipe de collaborateurs fidèles, que nous avons tenu à faire entrer au capital de Carmine. Des collaborateurs qui se mettent en risque en investissant dans leur entreprise, ce sont des collaborateurs qui se mettront en risque pour leurs clients. Qui sauront dépasser les seuls aspects techniques ou financiers pour embrasser la réalité humaine derrière l’entreprise de leur client.
Cette approche de long terme, mêlant écoute, humilité et réactivité, permet de comprendre, tout simplement, ce qu’est un entrepreneur : un être humain, avec son histoire, ses rêves, ses enjeux personnels qui évoluent et qui façonnent sa vision ; le détenteur d’un patrimoine professionnel qu’il s’agit de préserver, de structurer de manière cohérente et de développer ; un homme ou une femme, enfin, qui exerce le métier de chef d’entreprise, associé à des compétences qui évoluent, elles aussi, avec sa société et l’environnement dans lequel elle s’inscrit.
Vision. Courage. Engagement. Agilité. Parce qu’ils symbolisent ces valeurs que nos dirigeants politiques ont oubliées, les chefs d’entreprise portent une voix singulière ; et même nécessaire. Quand repose de plus en plus sur les entrepreneurs la responsabilité d’assumer les conséquences de choix – ou de non-choix – politiques (qu’il s’agisse d’éducation, d’intégration ou de déficit public), il nous appartient de faire résonner cette voix.
C’est donc volontiers que je reprends à mon compte les mots du directeur général de Bpifrance Nicolas Dufourq, selon qui « la voix de l’entreprise est aujourd’hui insuffisante ». Et son invitation : « dirigeantes et dirigeants, exprimez-vous, montez sur vos tonneaux » ! Entrons donc dans l’arène. Prenons notre pleine part à la discussion. Convainquons ; et si nous échouons, recommençons ! Et portons fièrement notre vision.